Historique de la Tourterelle rieuse et critères de distinction avec la Tourterelle turque par : Dr Thierry Girod

Traductions            

    Français

 Tourterelle rieuse

Tourterelle turque

     Latin

Streptopelia roseogrisea(domestica)

Streptopelia decaocto

     Anglais

  Américain

      Barbary Dove

 Ringneck Dove

Eurasian Collared Dove

    Allemand

 Lachtaube

Türkentaube

  Néerlandais

 Lachduif

 Turkse tortel 

         La Tourterelle rieuse est la forme domestique de la Tourterelle rose et grise d’Afrique ( Streptopelia roseogrisea ), dont l’aire de répartition, au sud du Sahara, s’étend de l’atlantique à la mer Rouge, et, au-delà, jusqu’à l’ouest de la péninsule arabique ( voir carte ).

La Tourterelle turque et la Tourterelle rieuse sont très proches, au point que leur place dans la classification prête encore à discussion.

En France on a d’abord envisagé que la Tourterelle rose et grise d’Afrique soit une sous-espèce de la Tourterelle turque.

Actuellement les deux espèces sont considérées comme distinctes, mais on a aussi proposé de les réunir dans une super-espèce ( avec la Tourterelle à double collier ).

 

 

            La Tourterelle rieuse fut domestiquée il y très longtemps, sans doute dans l’Egypte antique. C’est probablement en Egypte qu’apparurent les deux premières mutations, pastel et ino. Elle fut importée en Europe au plus tard à la fin du Moyen Age, peut-être avant. La mutation pastel y a complètement supplanté la couleur sauvage. Au fil des siècles la mutation ino, appelée à tort « Colombe blanche », a parfois été considérée comme une espèce distincte.

            Ce sont ces deux couleurs qui furent introduites en Amérique par les émigrants européens. La couleur sauvage était depuis longtemps oubliée dans les pays occidentaux. Aux Etats-Unis, au début du 20ème siècle, l’élevage de cet oiseau s’est développé car l’espèce a été utilisée comme animal de laboratoire. Les diverses mutations qui apparurent ont ainsi été bien observées, répertoriées et conservées. L’oiseau est devenu l’objet d’une sélection « sportive », et un club, l’ »American Dove Association », a été fondé en 1971. Des importations en provenance d’Afrique ont permis aux Américains de retrouver la couleur d’origine. Les mutations, qui jusqu’alors étaient combinées à la mutation pastel, ont pu être observées seules.

 

Dans le même temps, en Europe occidentale, la Tourterelle turque faisait son apparition. En un siècle, elle a envahi tout le continent, en provenance d’Asie mineure. Elle s’est surtout installée à proximité des habitations. Facile à capturer par les éleveurs intéressés, facile à élever ( en volière car sa sauvagerie rend sa détention en cage problématique ), elle s’hybride facilement avec la Tourterelle rieuse, et elle transmet aux hybrides la « couleur sauvage », qui est la même dans les deux espèces. Si les hybrides sont ensuite accouplés à des rieuses pures, la couleur sauvage peut être conservée. A ma connaissance, certains amateurs ont pu acheter des Tourterelles roses et grises d’Afrique, mais il semble que le phénomène ait eu moins d’importance, en tous cas en France. La couleur sauvage a également été obtenue en Europe à partir d’importations des USA, en particulier lors de l’importation de nouvelles mutations américaines. Durant la deuxième moitié du 20ème siècle, des mutations de couleur sont également apparues en Europe, et ont été préservées.

On peut constater que la couleur sauvage a été redécouverte des deux côtés de l’Atlantique, mais pas de la même façon. A l’heure actuelle un certain nombre des Tourterelles élevées en Europe peuvent être issues d’hybridation. Au début c’était simple, la mutation pastel ( ou ino ) définissait la rieuse, son absence ( donc la couleur sauvage ) trahissait l’influence de la turque. Depuis les importations américaines, la couleur n’est plus un critère.

            De par leur proximité, l’hybridation entre les deux espèces n’est pas très grave, cependant les éleveurs tentent de les conserver pures, c’est pourquoi il est utile de savoir les reconnaître: la couleur du dessus est la même ( du moins dans la variété à couleur « sauvage » ); la turque est plus grande et a la queue un peu plus longue, mais les critères les plus fiables d’identification concernent le dessous de la queue ( voir schéma et tableau 1 ). Les hybrides F1 ont la queue ( vue d’en dessous ) bordée de noir sur une longueur plus courte ( environ les 2/3 ). Chez eux les sous-caudales et le ventre sont blanchâtres.

 

                        Tableau 1 : critères physiques de distinction ( en couleur sauvage )

Critère

           Tourterelle turque

            Tourterelle rieuse

                    Taille

              grande #  33 cm

            moyenne # 27 cm

Couleur de la tête et de la poitrine

                 assez mate

brillante avec des reflets rose-volet

       Ventre et sous-caudales

              gris-ardoise foncé

                     blancs

Bordure des 2 rectrices latérales                vues d’en dessous

    noire sur les ¾ de la longueur

                blanchâtre

Si on a le temps de les observer, c’est la voix qui permet le plus facilement de les reconnaître : les deux espèces disposent d’un chant, plus développé chez le mâle, et d’un cri qui sert à la reconnaissance individuelle ( en particulier au sein du couple ). Le chant et le cri diffèrent nettement d’une espèce à l’autre, et sont héréditaires. Si on fait couver les œufs d’une espèce par une autre, le chant et le cri des jeunes restent purs. Les hybrides ont un cri et un chant intermédiaires. ( Voir tableau 2 ).

       Tableau 2 : comparaison des chants et cris

Critère

Tourterelle turque

Tourterelle rieuse

Chant

Elle dit distinctement :

« coucou-cou »

Plus variable avec des roulades :

A peu près : « cou-crrrrrouou »

  Cri

          inarticulé

saccadé, évoquant un rire : « hi-hi-hi-hi « 

 

Rectrices face ventrale : 1er moitié noire ( dite « bande de queue »)

2éme moitié blanche.

 

CONCLUSION

                        Je pense qu’en France l’hybridation entre les deux espèces a été assez fréquente, surtout dans les années 70-80. La question de l’identification des hybrides reste donc actuelle. Toutefois les deux espèces sont si proches que le danger de « pollution génétique » me semble bien faible. De plus je ne sais pas si les hybrides produits ont fait souche. De toute façon, au bout de 4 ou 5 générations, si on sélectionne correctement, l’hybridation peut devenir indétectable. Aux Etats-Unis les premières Tourterelles turques libres ont fait leur apparition dans les années 80. La situation risque d’être bientôt la même qu’en Europe. Je pense qu’une étude du génome serait très utile. Elle pourrait, accessoirement, permettre de dépister les hybrides, mais surtout apporter une réponse définitive quant à la place de ces deux « espèces » dans la classification du genre Streptopelia . A ma connaissance, des recherches de ce type ont récemment été envisagées aux Etats-Unis, mais je ne sais pas si elles ont abouti, et j’en ignore le résultat pour l’instant .

 

Hybride F1 ( photo R ferrier)

à gauche turque , à droite rieuse (photo G.Doumergue)

 

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